Il y a 3 ans, les filles des art’eliers m’accueillaient dans leur asso et j’abimais j’animais mon premier atelier d’écriture.

C’était à Castres. Dans la bouquinerie d’Aurélie, Lire à l’occasion. Le 29 septembre 2023. Un vendredi à 18h10. J’étais partie du travail assez tôt pour arriver en avance et j’avais chassé mon trac en chantant une chanson sur Smule dans ma voiture sous un soleil de plomb. J’avais relu mes fiches et m’était demandée pourquoi j’avais voulu me lancer dans cette aventure. Si c’était par plaisir ou pour me prouver quelquechose. Si j’avais réellement les capacités et les connaissances pour pondre un atelier correct. Puis je m’étais souvenue que quand on fait les choses avec le coeur, elles sont souvent savoureuses. Et que la comparaison est un parasite.
Quand j’étais arrivée, Vanessa mon amie était sur le parking et une des participantes était déjà installée. J’avais sortie ma trousse, mes feuilles. Fait le classique tour de table et lancer les hostilités. Je n’avais pris aucun risque. Le thème était l’automne qui allait arriver et j’avais prévu des jeux que je connaissais – un accrostiche et un Georges Perec. Un haïku et un coup de ciseau.
Je sentais le regard d’une dame sur moi. Qui me fixait avec ses grands yeux noirs, sans que je sache ce qu’elle pensait, essayant de ne pas sur interpréter. J’avais essayé de chasser le bourdonnement qui me butinait les neurones. Ce jour là, je ne saurais pas dire si l’atelier a plu. Je n’avais (hélas) pas profiter de l’instant, des présentes, trop focus sur mon imposteur posé les genoux.
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Depuis, il y a eu d’autres ateliers. À la librairie Privat. Le trac s’est atténué avec la fréquence. Je suis allée de plus en plus vers moi, et ainsi, je crois, vers l’autre. Je les prépare comme on prépare une recette de cuisine. Peser les mots, doser les consignes, guetter la réaction des participants, les sourires et les froncement de sourcils. J’ai appris à ignorer les ratés — ces moments où une consigne tombe à plat, où un exercice ne prend pas, où les regards se perdent. À répéter les consignes trop floues et à accepter les silences.
Les ateliers à la librairie Privat, c’est le samedi matin, à 11h. L’heure où la ville s’étire, où les rues sont encore calmes et où la lumière filtre doucement à travers les vitrines. La librairie sent le papier neuf et l’encre fraîche. J’apporte toujours un sachet de chouquettes – ou des papillotes à Noël – achetées en vitesse. Un moyen de briser la glace, d’offrir un petit plaisir simple avant de plonger dans l’aventure. La clim réversible est capricieuse. On s’installe autour de la table en bois, usée par les coudes et les carnets, marquée par les traces de cent idées griffonnées à la hâte. J’arrive toujours en avance. J’aime ce moment où la salle est encore vide, où je peux poser mes affaires, mes petits papiers découpés, et m’imprégner de l’espace. De l’expo en cours. Il y a toujours quelqu’un qui arrive quelques minutes avant l’heure, comme s’il avait, lui aussi, ce besoin de s’approprier les lieux avant que l’atelier commence.
Je doute encore. Je ne suis pas toujours sûre d’aimer ça— cette posture, ce rôle. Mais j’aime voir les participants repartir avec un bout de texte plié dans leur coeur. L »envie d’écrire. J’aime l’idée qu’on ait, le temps de deux heures, construit des mondes éphémères. Et que la cave en briques garde nos murmures.
Et puis, il y a les chouquettes. Ça, tout le monde les aime.
– Captures d’ateliers-


























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